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De la métaphore du bureau à l'archive spatialisée
Attention ! Cette page est une synthèse de mon mémoire de recherche.
Le macro-projet ainsi que les 1re et 2e parties ne sont pas disponibles.
Depuis mon plus jeune âge, l'exposition à une forme de bibliomanie transmise par mon père, libraire et collectionneur, a façonné mon rapport à la connaissance. Mais grandissant dans une génération immergée dans le numérique, cette bibliomanie héritée se manifeste chez moi sous la forme numérique.
À travers ce mémoire, j'interroge ainsi les manières dont nous thésaurisons, organisons les connaissances et fichiers que l'on accumule dans nos espaces numériques.
En tant qu'alternant-chercheur en design d'interaction au sein de l'équipe Ex-Situ du LISN à Paris-Saclay, j'ai la chance d'évoluer dans un contexte institutionnel particulièrement favorable, et dont le soutien financier de l'Université Paris-Saclay rend possible la rédaction de mon mémoire de recherche. Celui-ci constitue pleinement l'une de mes activités et de mes missions professionnelles.
Aujourd'hui, nos vies sont rythmées par une production constante de contenus numériques : photos, courriels, documents et applications (que l'on nommera tout au long fichiers). Cette accumulation a donné naissance au « Digital Hoarding », défini comme l'accumulation excessive de données et l'incapacité persistante à s'en séparer, au point de générer un encombrement virtuel et cognitif.1
Si ce comportement a longtemps été perçu comme une simple conséquence du stockage quasi illimité de nos machines, il fait désormais l'objet d'un intérêt scientifique : en 2015, Martine J. van Bennekom et son équipe de psychiatres ont été parmi les premiers à porter un regard clinique sur ce trouble, démontrant que si l'archivage compulsif est devenu une norme, cette tendance peut devenir une source d'anxiété et de charge mentale.2
Cependant, le Digital Hoarding s'avère être un phénomène plus compliqué. L'analyse des entretiens révèlera que ce qui semble être de l'accumulation compulsive numérique relève souvent de stratégies d'adaptation face à des interactions limitées qui ne permettent pas vraiment de traiter efficacement le flux important de nos fichiers.
Il serait donc intéressant d'interroger la responsabilité des systèmes informatiques ainsi que leur genèse. En effet, nos ordinateurs semblent conçus pour archiver, en héritant de la « métaphore du bureau » du Xerox PARC, ils imposent une logique d'organisation issue de l'archivage papier du XXe siècle, de la secrétaire. Ce design de programme, calqué sur des objets physiques fixes (dossiers, fichiers, corbeilles), nous impose une posture de gestionnaire administratif face à des documents statiques. Dès lors, il est paradoxal que nos ordinateurs mobilisent une puissance de calcul supérieure à celle qui a permis d'envoyer l'homme sur la Lune pour ne servir, finalement, qu'à une logique administrative. Ce carcan bride le potentiel de nos machines et pousse les utilisateurs à bricoler des solutions de contournement pour retrouver une agilité que leurs interfaces ne leur offrent plus nativement.
Partant du constat que les interfaces traditionnelles nous cloisonnent dans une gestion statique et saturée, le LISN a conçu la plateforme WILD. Un mur interactif à grande échelle qui rompt avec la «métaphore du bureau» pour proposer une manipulation spatialisée de l'information. Là où nos ordinateurs imposent un stockage passif qui rend nos fichiers invisibles, le WILD pourrait permettre d'étaler l'intégralité de notre archive numérique sur une plus grande surface.
Problématique
Comment un mur interactif comme le WILD peut-il transformer l'archive numérique (Digital Hoarding) en une archive plus instrumentale?
PAUL OTLET
Dès l'entre-deux-guerres, le bibliographe belge Paul Otlet anticipe Internet avec une vision universaliste et pacifique. Contrairement au Memex individuel de Bush, son projet vise une organisation collective et mondiale du savoir. Précurseur du groupware, Otlet imaginait un système où chacun pourrait non seulement accéder aux connaissances, mais aussi les annoter et les enrichir, posant ainsi les bases collaboratives du Web moderne.
LE MEMEX
Le Memex (Memory Extender), conçu par Vannevar Bush dès les années 1930, est le socle théorique de l'informatique moderne et de l'hypertexte. Face à une « montagne de recherches » devenue illisible, Bush propose ce bureau augmenté pour stocker et lier les savoirs, répondant ainsi à la crise de la documentation. Au-delà de l'outil technique, son essai As We May Think porte une ambition éthique : après les destructions de la guerre, il s'agit de mettre la technologie au service de l'intelligence humaine et de la sagesse, plutôt que de la puissance brute.
HYPERTEXTE
Vingt ans après le Memex, l'hypertexte de Ted Nelson (1975) a donné naissance au Web de Tim Berners-Lee. Cependant, sa structure repose sur des liens unidirectionnels fragiles : si une page se déplace, le lien meurt, brisant le contexte.
Cette instabilité force l'utilisateur à accumuler onglets et favoris, transformant la gestion des connaissances en une simple thésaurisation plutôt qu'une assimilation. La « crise de la documentation » de Vannevar Bush persiste ainsi sous la forme de l'hyperchoix : une surabondance de contenus numériques qui sature l'attention et paralyse la sélection.
XEROX STAR
Lancé en 1981 par le Xerox PARC, le Xerox Star a révolutionné l'IHM en introduisant la métaphore du bureau (desktop metaphor). En transposant des éléments physiques (icônes, dossiers, corbeille) dans le numérique, il visait la continuité cognitive pour rassurer l'utilisateur plutôt que l'efficacité pure. Cependant, en reproduisant la logique du papier sans ses contraintes spatiales, ce modèle a naturalisé l'accumulation infinie. Ce choix de design, repris par Apple puis Windows, a ainsi ancré notre rapport moderne à la surcharge informationnelle et à l'archivage sans limites.
L'analyse de notre enquête de terrain permet de confronter les concepts historiques à la réalité des usages numériques. En s'appuyant sur une série d'entretiens qualitatifs, ce volet de l'étude explore la manière dont le Digital Hoarding s'incarne concrètement dans le quotidien des persistants. Les témoignages recueillis, traités par une analyse thématique, mettront en lumière le décalage persistant entre les outils imposés et les réels besoins.
L'accumulation numérique transforme l'espace de travail en un désordre visuel saturé que les usagers finissent par apprivoiser intuitivement, développant une forme de résilience sans manifester de détresse psychologique particulière. Bien que certains papiers académiques présentent ce phénomène comme un vecteur potentiel d'anxiété, aucun témoignage ne mentionne de mal-être, les individus s'habituant à naviguer dans leur propre confusion. Cependant, cette accoutumance n'élimine pas l'inefficacité opérationnelle : la recherche d'informations devient chronophage, révélant un défaut d'expérience utilisateur qui finit par rendre impossible la mobilisation précise de ses connaissances au moment opportun.
Les messageries (Slack, WhatsApp, e-mails) sont devenues des lieux de stockage privilégiés par la « capture immédiate », servant de presse-papier permanent pour fixer l'information dès son apparition. Ce réflexe permet de consigner des consignes ou des références (UGC) dans un environnement familier, évitant qu'elles ne se noient dans le flux éphémère du web. Au fil des années, le mail agrège ainsi un historique précieux où l'utilisateur retrouve ses documents via sa mémoire épisodique : il s'appuie sur le contexte de l'échange, l'expéditeur ou la date plutôt que sur une arborescence de dossiers classique.
Loin d'être une masse inerte, l'archive numérique agit comme un miroir du parcours intellectuel et un réservoir de sérendipité où la relecture stimule l'inspiration. Ce patrimoine procure une réelle satisfaction, mais peut engendrer des symptômes d'accumulation compulsive : l'utilisateur développe une peur de la perte, particulièrement quand l'organisation spatiale des données fait sens. Cette pratique s'apparente à une véritable collection où l'on thésaurise des ressources choisies par passion. Chaque document devient alors une pièce de valeur, un trésor personnel que l'on cherche à protéger et à sécuriser durablement.
Pour les profils créatifs, les logiciels de mise en page sont détournés en espaces de stockage dynamiques et expansifs. Sur ces plans de travail perçus comme infinis, l'accumulation n'est plus passive : elle devient un acte de conception où ranger et créer fusionnent. Ce format permet une « mise en page de la pensée » où l'organisation spatiale d'images et d'annotations offre une vision d'ensemble immédiate. Le stockage change alors de statut, transformant les fichiers dormants en outils actifs pour vulgariser ou structurer ses idées.
On retrouve dans les entretiens, comme chez l'accumulateur compulsif, un attachement à accumuler ces objets numériques jugés précieux, avec l'idée de pouvoir les utiliser plus tard. Il faut cependant apporter une nuance : contrairement à l'accumulateur compulsif, les personnes interrogées reconsomment bel et bien mais rarement, leurs ressources. L'archive devient alors un coffre-fort de connaissances que l'on prend plaisir à rouvrir. Ce processus de stockage transforme le désordre apparent en un patrimoine, où la flânerie dans ses propres ressources devient un moteur de créativité ou de réflexion.
L'évolution des usages professionnels marque une transition du stockage local vers les SaaS (Figma, Notion, Miro), privilégiant l'interaction fluide à l'arborescence rigide. Ces plateformes transforment la ressource statique en un flux dynamique et malléable, permettant d'agréger et d'annoter des formats hétérogènes dans des espaces visuels partagés. Si cette migration facilite l'accès ubiquitaire, elle soulève des enjeux critiques de dépossession : l'utilisateur perd le contrôle physique sur ses fichiers, désormais captifs de serveurs tiers et exploités par des algorithmes à son insu.
La plateforme WILD est un mur d'écrans constitué d'une grille de 32 écrans offrant une résolution de 131 millions de pixels. Contrairement à un grand écran classique qui perdrait en netteté, ce mur d'écrans permet d'afficher des données massives avec une précision chirurgicale, même de très près. Pour le digital hoarding, elle devient l'outil idéal : sa surface monumentale permet une navigation spatiale où l'on garde une vue d'ensemble de son « accumulation » de loin, tout en se focalisant sur un fichier précis simplement en s'en approchant physiquement. On remplace ainsi le tri par dossiers par une organisation spatiale et « géographique ».
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Penser le WILD comme une bibliothèque augmentée
Et si je pouvais controler mes connaissances avec Mediapipe ?
Utilisation de Mediapipe dans le WILD
Création d'un canvas sur le mur